Ganesha, le dieu à tête d’éléphant
Souvent, les pratiquants de yoga se demandent s’il est nécessaire de connaître les dieux indiens tels que Shiva, Vishnou ou Ganesha pour comprendre le yoga et en retirer des bénéfices. Il n’en est rien! Le yoga est une discipline qui peut aider tout le monde, quels que soient sa religion, son âge, son sexe, sa nationalité… et le traité « à l’origine » de cette voie (les Yoga Sutra de Patanjali) ne mentionne à aucun moment l’une ou l’autre de ces divinités. Mais … l’Inde est le berceau du yoga, et là-bas, il est très difficile de dissocier la mythologie et son panthéon de dieux et déesses de la réalité et des faits historiques. Aussi, plutôt que de prendre ces histoires au premier degré et de les lire d’un oeil critique, il est possible de s’en inspirer, de la même manière qu’on le fait avec les contes et paraboles de Jésus ou du Bouddha.
Démarrons notre étude des dieux de l’Inde avec Ganesha qui est le Seigneur des Commencements. Toute nouvelle entreprise, nouveau voyage, nouvelle journée et en fait même toute pooja (cérémonie) doit commencer par un hommage rendu à Ganesh qui, en retour, donnera non seulement sa bénédiction mais rendra aussi les actions favorables car il est également celui qui enlève les obstacles : sur les 108 noms qui permettent de chanter ses louanges, il y en a au moins 8 qui évoquent cette capacité (Vignahara, Vighnaraja, Vignarajendra, Vighnaharta, Vignanashin, Vigneshwar, Avighna) vigna signifiant obstacles ou le mal.
Les Attributs de Ganesh
Si bien souvent, les dieux indiens ont l’air de se ressembler car ils sont bleus et ont de nombreux bras, Ganesh est aisément reconnaissable grâce à sa tête d’éléphant qui lui vaut le nom de Gajanana, Gajananeti (visage d’éléphant), Gajavakra, Gajavaktra ou Gajakarna. Comme l’éléphant, il a un gros ventre, ce qui lui a donné le nom de Lambajathara ou Lambodara, littéralement, celui qui a le ventre qui pend!
Il n’a qu’une seule défense : il l’aurait cassée en écrivant le Mahabharata. La légende veut que le sage Vyasa lui aurait demandé d’être son scribe pour mettre par écrit cette incroyable épopée. Ganesh accepta à la condition que Vyasa la lui dicte tout d’un trait, dans une seule assise. Le sage accepta mais demanda en retour que Ganesh n’écrive que ce qui a du sens pour lui. Le contrat étant scellé, Vyasa commença à dicter. Mais le stylo du dieu protecteur des lettres et des études se cassa et pour ne pas interrompre l’écriture du livre sacré, Ganesh utilisa une de ses défenses (Ekadhanta -une seule dent- est un autre de ses 108 noms).
Ganesha possède au moins 4 bras et dans ses mains, il tient le parasu (une hache) pour couper l’attachement au monde matériel et le pasa (un noeud coulant) pour s’arrimer fermement à la vie spirituelle et s’en rapprocher petit à petit. Grand gourmand, il porte également un petit bol rempli de ladoo (sucreries à base de farine de pois chiche) qui symbolise la douceur des fruits obtenus par la pratique spirituelle.
Enfin, chaque dieu a une monture lui permettant de se déplacer. Celle de Ganesh est … une petite souris! En tant qu’animal nocturne, nuisible, vivant en groupe et s’attaquant aux récoltes, elle représente l’égo, l’ignorance et l’avidité. Lorsque Ganesha lui monte dessus, il montre qu’il est le maître de ses pulsions et de ses désirs, qu’il a vaincu l’ignorance.
Pourquoi Ganesh a-t-il une tête d’éléphant ?
La légende raconte que Parvati voulait avoir un enfant mais son époux Shiva aurait refusé. Alors, un jour qu’elle se préparait à prendre ses ablutions, elle aurait raclé de sa peau la pâte de curcuma dont elle s’était enduite et aurait façonné avec un petit garçon auquel elle a insufflé la vie. (Dans d’autres versions, elle a enlevé la saleté ou la transpiration qu’elle avait sur la peau, ou encore pris un morceau de sa chair, la cire de ses oreilles ou simplement un peu de glaise). Toujours est-il que Ganesh a été créé à partir de véritable matière «terrestre». Ayant trempé l’enfant dans le Ganges (mère Ganga) celui-ci a grandi d’un seul coup et Parvati le nomma Vinayak. Il porte aussi le nom de Dvaimatura (le fils de deux mères : Parvati et Ganga).
Sa mère, qui souhaite maintenant prendre un bain, lui ordonne de garder l’entrée de sa demeure et de ne laisser entrer absolument personne. Aussi, lorsque son époux Shiva s’en revient, Vinayak lui défend d’entrer. D’abord surpris puis enragé par l’insolence du garçon, Shiva lui tranche la tête de sontrishul (son trident). A ce moment, Parvati arrive et constate horrifiée que son enfant est mort. Elle menace alors de détruire le monde entier si Shiva ne le ressuscite pas. Comprenant son erreur, celui-ci commande à ses ganas (ses servants) d’aller couper la tête au premier être vivant qu’ils rencontreront dormant la tête au nord. Ils lui ramènent la tête d’un éléphant. Shiva redonne la vie à l’enfant qu’il nomme Ganesha (ou Ganapati, Ganadakshya) le « Seigneur des Ganas » ou commandant des ganas. Parvati et Shiva versent alors leurs bénédictions sur l’enfant et déclarent que celui-ci devra toujours être vénéré en premier avant tout autre dieu.
Symboliquement, le corps énorme (Bheema) et le ventre qui pend de Ganesha représente la prospérité, l’abondance, l’aisance matérielle tandis que sa tête d’éléphant représente l’intelligence et la sagesse. Il est vraiment le fils de Shiva et Parvati puisque sa mère lui a donné un corps et son père une tête. Il indique la possibilité de vivre une vie à la fois ancrée dans la matière et élevée sur le plan spirituel. Il est donc un exemple pour ceux qui s’engagent sur la voie du yoga. Ainsi Ganesh nous aide à nous connecter à notre corps et l’élément « terre », fondation sur laquelle nous nous appuyons au quotidien, qui nous nourrit et nous soutient jour après jour et qui assure notre existence terrestre. Nous pouvons avoir toutes les aspirations spirituelles que nous voulons, si notre corps est malade, chétif ou à l’article de la mort, il n’y a pas de progrès spirituel ou de réalisation possibles !
La Course autour du Monde
Shiva et Parvati ont 2 fils : Ganesha et Kartikeya. Un jour Shiva reçoit un fruit divin qui est sensé donner la connaissance suprême et l’immortalité à qui le mangera. Shiva ne sait à lequel de ses fils le donner et une dispute éclate entre les deux. Pour calmer la situation, le dieu suprême propose une course autour du monde et celui qui reviendra le premier après en avoir fait 3 fois le tour recevra le merveilleux fruit.
Kartikeya, le dieu de la guerre, prend le défi très au sérieux et sans attendre, enfourche sa monture, le Paon, et fonce tête baissée dans la course. Le ventripotent Ganesha regarde sa monture, la petite souris Mushaka, et se gratte la tête perplexe…. Puis il se met à marcher lentement autour de ses parents. Ceux-ci l’interrogent sur son comportement et Ganapati explique calmement que pour lui, ses parents bien-aimés sont tout son univers et que de plus, le monde entier est contenu en Shiva. Donc, en faisant le tour de ses parents, il fait le tour du monde ! Les époux divins, touchés par la sagesse de leur fils ainsi que par son cœur débordant d’amour et son innocence (Ganesh n’utilise pas la ruse pour gagner ni la logique mais fait véritablement appel à son intellect supérieur) décident de lui donner le fruit de la connaissance suprême. Ainsi Ganapati représente vraiment l’intelligence, la connaissance, la sagesse (Buddhinath, Buddhipriya, Buddhividhata sont ses autres noms, buddhi étant la sagesse).
Ganesha & Kartikeya, deux frères très différents
Dans cette histoire, les qualités de Ganesh sont mises en avant lorsqu’il est comparé à l’autre fils de Shiva et Parvati. Kartikeya (ou Skanda) a été créé à la demande des dieux qui avaient besoin d’un être assez fort pour détruire un puissant démon qui avait obtenu une protection telle qu’il n’aurait pu être tué que par un enfant ayant vécu 6 jours. Les dieux savaient qu’un enfant aussi puissant devrait être la progéniture de Shiva, mais ils craignaient que si sa semence s’unissait à celle de son épouse, l’enfant n’aurait pas les qualités nécessaires. En effet, dans la croyance tantrique, lorsque l’homme est le plus fort, sa graine (blanche) prend le dessus et l’enfant est un garçon. Si la femme est plus puissante, sa graine (rouge) créera une fille. Mais si les 2 époux sont de force égale, alors l’enfant sera hermaphrodite. Considérant Shiva et Parvati de force égale, ils devaient absolument éviter cela. Aussi, ils s’arrangèrent pour déranger les ébats amoureux du couple divin. Lorsque Parvati se détourna, Shiva éjacula et sa semence fut récupérée et trempée tour à tour dans les 5 éléments. L’enfant devint indestructible et le matin du 7ème jour, il mit en défaite le grand démon. Kartikeya est très fort, très viril, il est intéressé uniquement par les combats, les guerres et les compétitions. Il veut gagner à tout prix.
Ganesh, lui, est d’abord le fils de Parvati. De la femme, il a la rondeur, la douceur, la compassion. Il veut protéger et défendre les femmes et les enfants, ainsi que ceux qui sont dans une quête spirituelle. Son gros ventre et sa grande trompe invitent à la tolérance et à s’accepter tel que l’on est, l’apparence n’étant pas un critère de réussite spirituelle.
Le Gardien des Seuils
Pour terminer, une autre raison pour laquelle beaucoup de temples, maisons ou centres de yoga ont une statue de Ganesh à l’entrée, c’est que celui-ci est considéré comme le Gardien des Seuils. Le seuil est un passage, une transition, une délimitation entre deux lieux ou états de qualités différentes. Sur le seuil de la maison, on n’est plus à l’extérieur, mais pas encore à l’intérieur. Ainsi, Ganesh nous rappelle que l’entrée dans un temple doit se faire dans le bon état d’esprit, en ayant conscience de la transition entre la vie mondaine et la cérémonie accomplie à l’intérieur.
De la même manière, on doit s’engager dans la pratique du yoga avec attention, vigilance et conscience. Selon l’expression de BKS Iyengar, le corps est notre temple, les asana sont notre prière. Pour cela, Ganesha est associé au muladhara (le premier chakra). Mula ou moola signifie racine ou base, tandis que adhara signifie support. Le premier chakra, à la base de notre colonne vertébrale, est aussi lié à Prithvi (l’élément terre). Par notre travail sur muladhara, on acquiert la force et la stabilité nécessaires pour avancer sur la voie yogique. Saluons donc Ganesh avec le mantra qui lui est dédié :
– Om gam ganapataye namaha –




